Equipages “voisins” – les deux bateaux
les plus rapides au monde
L’entraîneur Mike Teti (USA) assimile le
huit à un prolongement du système
national d’aviron universitaire, axé sur le
huit. Selon lui, le huit est la référence de
l’aviron américain; il incarne une
tradition et l’université est un réservoir
de talents.
La vitalité de cette tradition conduit au
recrutement de nombreux rameurs
canadiens par les universités
américaines, qui siphonnent ainsi les
talents de l’aviron lycéen au Canada.
Selon le capitaine de l’équipe canadienne
Andrew Hoskins, bien des rameurs
canadiens ont été universitaires américains,
et l’équipe canadienne actuelle en compte
quatre: “On connaît l’importance du huit
aux USA, et notre principal adversaire est
donc le huit américain.”
L’équipier Dave Calder, membre du huit
canadien depuis Sydney, reconnaît que la
notion de priorité est une affaire
individuelle, mais il juge l’équipe
canadienne capable d’appliquer cette
notion tous bateaux confondus, même en
spécialisant des “gros bras” pour le huit.
L’équipier américain Jason Read
confirme: “Aux USA, le huit tient une
grande place, car on aime ce bateau fer
de lance plus rapide que tout autre.”
Photo: © Rowing Canada
Canadian coach Mike Spracklen / Entraîneur canadien
Mike Spracklen
Mike Spracklen, entraîneur en chef de
l’aviron masculin au Canada, confirme
l’importance du huit: “C’est le plus
rapide, avec l’équipage le plus nombreux,
qui symbolise la puissance de tout
l’aviron, mais j’évite la notion de priorité,
et je dispose les rameurs dans le bateau
en fonction de leurs aptitudes physiques;
d’ailleurs, en 2003, le huit et le quatre
sans barreur étaient au même niveau.”
Les deux entraîneurs, en plein camp
d’entraînement, travaillent avec un groupe
de rameurs dont sortira un équipage juste
avant les Jeux. Teti dispose de 20 rameurs
pour le huit, et Spracklen dispose de 18
rameurs qui fourniront aussi les équipages
de quatre et de deux. Mais tous deux
soulignent l’importance de la
complémentarité, au profit de la vitesse
optimale, pour le huit et aussi pour le
quatre sans barreur ou le deux sans barreur.
Les programmes d’entraînement se
ressemblent, et les séances hebdomadaires
sont comparables en nombre. A terre,
l’entraînement est construit à base de
musculation et d’ergomètre, mais les
Canadiens jouent aussi au frisbee pour
l’aspect ludique et la vitesse de réaction.
Teti conduit deux séances d’évaluation par
semaine, sur des tronçons peu ordinaires
compris entre 2 et 9 km. Teti et Spracklen
utilisent beaucoup l’entraînement en sous-multiple du huit. Les deux équipages
s’entraînent actuellement tous deux sur la
côte Pacifique: les Canadiens ont leur
camp à Victoria (Colombie britannique)
et les Américains ont le leur à San Diego.
Les deux adversaires n’ignorent pas
les défis lancés par d’autres pays. Teti
rappelle que tous les équipages sont
capables de se transcender sur un
tronçon donné. Roi de l’euphémisme,
Spracklen, qui détient aussi l’équipage
champion du monde en quatre, entend
préparer un huit, un quatre et un deux de
bonne qualité pour Athènes: “Il s’agit de
décrocher si possible plus de médailles
qu’à Sydney, quel que soit le métal…”
Une “malédiction” hante les deux pays:
aucun huit n’a jamais réussi à être
champion du monde un an avant les Jeux
et à décrocher ensuite le titre olympique.
A Sydney, les USA ont échoué au pied
du podium olympique, et le Canada
court le même risque pour Athènes, mais
Hoskins assure que tout ira bien avec le
“sorcier” Spracklen.
Après les similitudes, examinons les
différences. La technique du coup d’aviron
canadien fait jaser: ce mouvement à
l’exécution allongée contraste avec le style
plus relevé préconisé par la plupart des
entraîneurs. Selon Spracklen, arrivé au
Canada depuis la Grande-Bretagne en
2001, le mouvement allongé a été la
résultante d’un travail sur la position du
corps entrepris avec les jeunes de l’équipe.
Spracklen est conscient de l’intérêt suscité:
“On a monopolisé l’attention d’un certain
nombre d’entraîneurs”.
Le mode d’expression varie également:
Teti utilise volontiers des interjections
pittoresques et parle fort, alors que
Spracklen, plus mesuré, hausse rarement
le ton.
Photo: © Kazuaki Hori
Canadian 8+ team / l’équipage canadien 8+
Mis à part l’entraînement, les Canadiens
font admirer leur corps dans un
calendrier 2004 réalisé pour une collecte
de fonds. Hoskins, qui a posé pour la
page du mois de janvier, estime qu’une
telle initiative a renforcé la notoriété des
rameurs. Ceux-ci ont même apparu dans
des magazines de la communauté
homosexuelle, et l’équipier Calder
rappelle en l’occurrence que l’anecdote
est accessoire car “le fond est plus
important que la forme.”
Du côté américain, le concours interne de
moustaches a également renforcé la
notoriété des rameurs, mais il semblerait
que certains participants aient eu recours
à des “techniques suspectes”. L’équipier
Read insiste sur le fait que la communauté
de l’aviron américain ne semble pas avoir
réalisé “à quel point l’enjeu du concours
de moustaches est important.”
On trouvera sur
des informations concernant la
progression américaine et canadienne et
la progression d’autres équipes
olympiques au cours des prochains mois.