Vous voulez devenir champion du
monde? C’est simple. Il vous suffit
de rejoindre le quatre de couple
masculin poids léger italien. C’est
garanti. Il n’est pas d’autre pays
qui ait autant dominé une épreuve
aussi longtemps. Neuf médailles
pour la seule décennie écoulée,
avec un meilleur temps mondial
(toujours actuel) depuis Montréal
en 1992.
1990: 1er
1991: 5e
1992: 1er
1993: 2e
1994: 2e
1995: 3e
1996: 1er
1997: 1er
1998: 1er
1999: 1er
2000: 2e
2001: 1er
2002: 1er
2003: 1er
2004: 1er
2005: 1er
Aux Championnats du monde d’aviron
de cette année, Filippo Mannucci, 35 ans,
(quatre fois champion du monde) était
chef de nage, Luca Moncada, 27 ans,
(quatre fois champion du monde) occupait
la troisième position, Daniele Gilardoni,
29 ans, (six fois champion du monde)
avait pris la deuxième place et le nouveau
venu, Gardino Pellolio, 25 ans, (une fois
champion du monde) était à la proue.
Daniele Gilardoni, membre senior, est le
pivot de ce bateau depuis 1999. Et seule
une médaille d’argent en 2000 est venu
interrompre sa série parfaite de médailles
d’or. Héros d’aviron dans sa ville natale
de Bellagio sur le lac de Côme, Gilardoni
compte plus de 200 médailles d’or dans
toute sa carrière et il décrit l’aviron comme
« un choix de vie, une manière d’être. »
Benjamin du groupe, Pellolio en est à sa
première année dans l’équipe nationale,
mais il a déjà prouvé de quoi il était
capable, traçant sa voie vers le groupe de
haut niveau grâce à des têtes de classement
au niveau national dans le deux de couple
poids léger. Pellolio ajoute à son crédit
un meilleur temps de 6. 21 à l’aviron en
salle.
« Être le nouvel élément d’une équipe
championne du monde à plusieurs
reprises, c’est très stressant, » déclare
Pellolio, « mais grâce au directeur
technique [Beppe De Capua] et tout
spécialement à mes coéquipiers, qui
n’ont jamais fait pression sur moi, tout
s’est bien passé. »
Pellolio, comme ses coéquipiers, est un
athlète à temps complet. Il partage son
temps entre l’aviron chez lui sur le lac de
Côme et le Centre national d’entraînement
de Piediluco.
« Je crois que le succès du quatre de couple
italien vient du fait que l’Italie a l’une
des plus puissantes équipes en catégorie
poids léger » dit-il.
Mannucci, le chef de nage, précise que
pour sa part il est arrivé à l’aviron grâce
aux encouragements de son père: « il a
cassé ma fixation sur les jeux vidéos et
le mythique commodore 64 » explique-t-il, précisant que c’est la joie qui est à
l’origine de sa longévité dans ce sport:
« tous les jours je me sens mieux après
l’entraînement, fatigué mais en meilleure
forme». Mannucci allie technique et
puissance et il atteint 6.08 à l’aviron en
salle, son meilleur temps.
En tant que barreur du bateau, Mannucci
aime faire l’expérience de sa sensitivité
en s’allongeant dedans les yeux fermés,
tandis que deux coéquipiers rament.
« J’apprécie énormément cet exercice.
C’est difficile de sentir où on va. »
Mannucci estime que le succès du quatre
de couple est dû au fait que tout le monde
veut prendre place dans le bateau gagnant,
« du coup cela augmente le nombre
d’athlètes bien préparés et motivés. La
sélection est plus ardue, mais au bout du
compte ceux qui y parviennent sont
nécessairement vraiment bons. »
Épreuve non olympique, le quatre de
couple, est souvent utilisée comme étape
intermédiaire avant le deux de couple
poids léger, bateau olympique. Un
certain nombre de rameurs italiens de
haut niveau ont ajouté leur nom à la
lignée du quatre de couple, comme Elia
Luini qui a goûté au succès en 1998
alors qu’il avait 19 ans, avant de passer à
la gloire olympique dans le deux de
couple. Franco Sancassani a contribué à
une série de victoires de 1996 à 1999 et
ensuite il est revenu en 2004 attraper un
autre titre de champion du monde dans
ce bateau. Stefano Basalini faisait partie
de l’équipe victorieuse de 1997 avant de
devenir champion du monde en skiff
poids léger les deux années suivantes.
Quel pays osera rompre ce monopole?
M.S.B. ■