Tout le monde sait où Olaf Tufte
s’entraîne, c’est facile, c’est indiqué
sur son site Web. La plupart des
gens savent à quel endroit
s’entraîne le quatre de pointe
britannique. C’est simple c’est dans
la presse anglaise. Et il n’est pas
compliqué non plus de trouver les
derniers résultats des éliminatoires
de l’équipe nationale d’aviron des
États-Unis. Pas de problème, ils
sont régulièrement publiés sur le
site Web de US Rowing.
© Dominik Keller
Mais que se passe-t-il en Chine?
La Chine a toujours été un mystère pour ce
qui est de l’aviron. Surgissant à une course
internationale ou l’autre, puis disparaissant,
pour réapparaître la fois d’après avec apparemment un nouveau groupe d’athlètes.
China’s lightweight men’s four in Lucerne / Le quatre de pointe poids léger chinois à Lucerne: Yang (b), Tian, Ma, Liu
(s).
compétition chaque semaine. Trois mille
autres s’entraînent environ six heures par
semaine ». On compte également
quelques masters.
point d’être prêt à l’utilisation et une base
en Europe avec sa propre flotte de bateaux
est en cours de création.
L’explication est à trouver quelque part
dans ce pays densément peuplé entre un
système sportif contrôlé par le gouvernement et l’enracinement dans les provinces
où il existe de puissantes résistances cultu-relles aux influences extérieures. Actuellement pourtant, le pays attire les entraîneurs
étrangers, engage des scientifiques euro-péens et occidentaux et cherche à créer une
base européenne tout cela au nom du
grand bond en avant vers les médailles des
Jeux Olympiques à Beijing en 2008.
Mais Liu admet que l’aviron n’est pas très
connu. Les athlètes gravitent autour des
sports populaires et, souvent, ceux qui
finissent à l’aviron sont ceux que l’ancien
directeur d’équipe Wu Hau décrit comme
le surplus de la natation ou du basket.
« Nous manquons d’une culture d’aviron,
y compris de sensation technique, »
explique Liu qui estime que l’entraînement
par le passé a été cimenté par l’ardeur au
travail plutôt que par la technique.
Le sport en Chine est planifié en premier
lieu au niveau provincial utilisant des
financements locaux et nationaux avec
un contrôle centralisé par le Bureau
général du sport de Chine.
« Lorsque je suis arrivé ici, l’état de
l’entraînement m’a rafraîchi la mémoire »
explique Igor Grinko (de l’ancienne URSS
et de États-Unis), chef entraîneur nouvel-lement nommé. « C’est comme si j’étais
de retour en URSS. Je peux faire des tests
physiologiques, nous avons des médecins,
des masseurs, des cuisiniers… »
L’aviron étant basé dans les provinces, la
production d’une équipe nationale ne va
pas sans difficultés et, par le passé, les
équipes chinoises participant aux Coupes
du monde d’aviron et aux Championnats
du monde d’aviron n’ont souvent été
composées que d’équipages de province.
Cette année, Grinko a dû attendre pour
remplir son centre national d’entraînement
la fin des Jeux nationaux de Chine (en
octobre), qui ne se classent qu’en
deuxième position derrière les Jeux
Olympiques en terme de prestige, mais
qui sont peut-être les premiers pour ce
qui est des honneurs et des récompenses
financières. Ces Jeux ne sont basés que
sur des compétitions interrégionales.
À l’heure actuelle les deux meilleurs au
classement du skiff des Jeux nationaux
sont Cui Yonghui (meilleur temps à
l’ergomètre, 6:00) et Jing Ziwei (meilleur
temps à l’ergomètre, 6: 34). Ziwei prend
la place laissée par le rameur de Chine au
plus grand nombre de succès, Xiuyun
Zhang (trois fois médaillés dans des
championnats du monde et une médaille
olympique d’argent) qui s’est retiré l’an
dernier. Par ailleurs, on compte
également l’entrée en lice du poids léger
féminin. La Chine a remporté d’affilée
des titres de championnats du monde
dans le quatre de couple poids léger
féminin (2003 et 2004). Ensuite, le huit
féminin s’est remarquablement rapproché
d’une médaille olympique aux Jeux de
2004, en finissant quatrième à seulement
deux secondes d’une médaille.
Liu est très ouvert quant à ses perspectives
pour la communauté de l’aviron. « Nous
devons remporter une médaille d’or aux
Jeux Olympiques à Beijing », estime Liu.
« Nous ne faisons pas que rêver à la
percée, c’est un devoir. » La Chine n’a
gagné que deux médailles olympiques en
aviron, la dernière fois en 1996.
Le directeur adjoint de l’administration
des sports aquatiques Aijie Liu explique
que c’est un avantage pour la Chine car
les rameurs peuvent être des athlètes pris
en charge à temps complet par l’État.
Liu estime qu’il a plus de 10'000 rameurs.
« Deux mille d’entre eux passent plus de
douze heures à l’entraînement et en
Environ 130 sportifs s’entraînent à présent
avec Grinko au Centre d’entraînement
d’hiver de Guangzhou, près de Hong Kong.
Ce sont tous des sportifs à plein temps et
en dehors des jours fériés nationaux,
l’entraînement se poursuivra jusqu’aux
Jeux de 2008 à Beijing. Un nouveau centre
d’entraînement d’été, dans le nord est sur le
Malgré le manque de proéminence de
l’aviron, Liu fait état d’un renouveau
d’intérêt avec notamment un programme
de télé réalité pour trouver des barreurs.
« Nous allons choisir les barreurs parmi
dix millions de participants. Il y aura
trois cents millions de téléspectateurs. »