L’aviron en salle dans le monde
par Melissa Bray
On ne peut s’empêcher d’être un
peu perplexe quand on cherche
à comprendre l’aviron en salle.
En effet, quel autre sport vous
demande de rester assis sur une
machine, les yeux rivés sur un
écran minuscule, sans aller nulle
part, tout en finissant absolument
éreinté sur le sol, les poumons à la
limite de l’explosion? Super, non?
Elle a été lancée en novembre avec les
Championnats britanniques d’aviron en
salle. Cette compétition a attiré l’atten-tion sur la participation d’un nombre
grandissant de rameurs en salle, ceux qui
n’ont jamais mis les pieds dans un bateau.
Du fait qu’un grand nombre de membres
de l’équipe nationale étaient encore en
vacances post-olympiques, du côté des
hommes, le rameur en salle Graham
Benton a eu le champ libre pour devenir
le plus rapide de la journée.
© Concept2
Model A ergometer designed by Dick and Pete Dreissigacker in the
late 1970s. / L'ergomètre modèle A créé par Dick et Pete
Dreissigacker à la fin des années soixante-dix.
Vingt pays se sont retrouvés pour les grands
moments de la saison aux Championnats du
monde d’aviron en salle en février à Boston.
Et pourtant de Hong Kong à Boston, de
Copenhague à Dubaï, d’Amsterdam au
Mexique, durant l’hiver, il est rare de trouver
un week-end sans compétition d’aviron
en salle quelque part dans le monde. A
l’origine, simple appareil d’entraînement
hors de l’eau pour rameurs sérieux, l’aviron
en salle s’est développé pour devenir un
sport de plein droit.
L’appareil à ramer a eu d’humbles débuts
si on regarde en arrière. C’est à la fin des
années soixante-dix, dans une grange du
Vermont, USA, que les rameurs olympiques Dick et Pete Dreissigacker mettent
au point l’ergomètre modèle A pour les
aider à poursuivre activement leur
entraînement d’aviron durant le gel des
mois d’hiver.
L’ergomètre s’est développé et amélioré
suivant quatre étapes avant d’en arriver
au rameur Concept2 Modèle D actuel.
L’appareil standard pour juger la vitesse d’un
rameur sur 2'000 mètres fait désormais
partie de l’équipement des hangars à bateau et des gymnases dans le monde entier.
L’origine de la course à l’ergomètre remonte
à un groupe de rameurs américains de
Boston qui souhaitaient rompre la mono-tonie de l’entraînement d’hiver. Selon la
formule «trop n’est jamais assez», la compétition connue sur le nom de CRASH B’s et
que beaucoup connaissent à présent
comme les Championnats du monde
d’aviron en salle promettent de
«maintenir une irrévérence inhabituelle
devant tout ce qui n’est pas du plaisir».
D’autres nations dans le monde n’ont pas
voulu rester à l’écart de cet engouement
et à présent les principaux pays d’aviron
et beaucoup d’autres moins importants
organisent des championnats nationaux
sur ergomètre.
Cette année, la saison d’aviron en salle
a commencé dès que l’hiver de l’hémis-phère nord a forcé les rameurs à rester
à l’intérieur.
Benton est l’exemple même du rameur
en salle. Fana de gym autodidacte,
Benton a pris part à sa première compétition
d’aviron en salle il y a quelques années
«pour le plaisir» et non seulement il a
gagné mais son temps de 6. 35 l’a placé
250e au classement mondial. Benton
s’est pris au jeu et il a maintenant un
entraîneur d’aviron en salle, Eddie
Fletcher, qui n’a jamais, lui non plus, mis
les pieds dans un bateau.
Le représentant du Concept2, Robert
Brody, pratique l’aviron en salle depuis
vingt ans et il peut témoigner de l’épanouissement de l’aviron des non spécialistes.
« L’aviron en salle est devenu un sport de
plein droit» dit-il. «J’ai l’impression que
c’est une tendance solide mais je ne
crois pas que cela remplacera l’aviron
sur l’eau. »
Entre-temps, aux Championnats britanniques, la médaille d’argent olympique
Debbie Flood a tenu bon pour le camp
des rameurs sur l’eau en finissant avec le
temps le plus rapide pour les femmes.
L’aviron en salle s’est ensuite rendu à
Amsterdam pour la deuxième année de
l’Euro Open. Mille six cents concurrents
plus tard, le Letton Kristaps Bokums a
réalisé le temps le plus rapide. Bokums
est le seul rameur à avoir terminé sous les
5.50 dans une épreuve dominée par les concurrents néerlandais. Chez les femmes,
la Néerlandaise Hurnet Dekkers s’est
classée en tête avec un résultat moins
rapide que son meilleur temps.
Le Mexique a organisé sa première
régate d’aviron en salle en décembre
dernier. Santiago Fuentes, l’organisateur,
à coordonné des clubs de gym et
d’aviron en salle dans tout le pays avec
des concurrents en compétition les uns
avec les autres dans des lieux différents
par liaisons téléphoniques. «Un seul
concurrent pratiquait à l’aviron sur
l’eau», indique Fuentes, «mais il n’a pas
gagné dans sa catégorie. »
«Qu’y a-t-il donc dans l’eau de Nouvelle-Zélande, » c’est ce qu’on entendait partout
après la victoire totale de ce pays dans
l’épreuve féminine de l’open. La déten-trice du record du monde Georgina Evers-Swindell a terminé devant sa soeur Caroline
avec Paula Twining pour compléter le
triplé Kiwi en tête. George Bridgewater
tenait le côté des hommes pour la Nouvelle-Zélande et a terminé deuxième derrière Pavel
Shurmei du Bélarus qui a conservé son titre.
Mais le moment le plus excitant de la
compétition s’est produit dans le groupe
des 30 - 39 ans poids léger messieurs,
lorsque le Danois détenteur du record du
monde Thomas Ebert a terminé ex aequo
avec l’olympien américain Greg Ruckman,
laissant la troisième place à Ingo Euler,
triple olympien allemand.
Le phénomène de l’ergomètre en salle a
été souligné par le président de ces championnats du monde Kirk Summerville
avec son commentaire sur ces «étranges
et mystérieuses forces» dans son allocution de bienvenue. «Je ne peux pas
prétendre que je comprends ces forces,
ces sportifs qui n’ont pas encore donné
un coup d’aviron dans l’eau. »
La saison s’est achevée en mars avec ce
qui avait commencé comme une initiative danoise pour garder actifs les rameurs
durant les mois d’hiver et est maintenant
devenue une manifestation mondiale
d’aviron en salle. Les cinq tours du Grand
prix danois d’aviron soumettent leurs résultats électroniquement, de sorte que les
concurrents peuvent prendre part à la course
n’importe où dans le monde. Le Grand prix
a pris un essor international pour la première fois cette saison et, bien que toujours
dominé par le Danemark, a vu la participation de concurrents de République
tchèque et des îles Anglo-Normandes.
Alors que les rameurs retournent sur l’eau,
l’aviron en salle continuera de faire tour-ner la roue de l’ergomètre tout au long
de l’année. Super, non?