par Melissa Bray
Traverser un océan à la rame est
devenu le nouvel Everest pour ceux
qui souhaitent pousser les limites
de l’extrême (aventure) et, dans
l’ensemble, il n’est pas pratiqué
par des spécialistes de la rame.
Le Britannique Peter Bird est peut-être le
plus célèbre des rameurs d’océan après
avoir traversé le Pacifique et l'Atlantique
et accumulé 938 jours dans un bateau à
rame en mer. Bird est mort en 1996 lors
de sa tentative de traversée du Pacifique
au départ de la Russie, mais il est devenu
l’inspiration de nombreux suiveurs parmi
lesquels Kenneth Crutchlow, le père de la
Ocean Rowing Society (Société d’aviron
d’océan).
Crutchlow a créé la Société afin d’offrir
aux rameurs d’océan une source d’informations et des consignes de sécurité
pour accroître leurs chances de succès.
Crutchlow est une encyclopédie vivante
de l’aviron d’océan. Il souligne l’intérêt
considérable qui s’est développé autour
Ciaran Lewis and Gearoid Towey s’entraînant dans la
Baie de Dublin
de cette activité dans les quatre dernières
années et il comprend ce qui séduit l’aven-turier de l’extrême en herbe : c’est moins
cher que l’ascension du Mont Everest et
moins de personnes ont réussi l'exploit.
C’est encore considéré comme un défi
nouveau.
« Plus de 2'000 personnes ont réussi l’ascension de l’Everest alors que seulement
135 ont traversé un océan à la rame »
précise Crutchlow. « Ce sont des gens à
la recherche d’une certaine forme
d’aventure. Quatre-vingts pour cent
d’entre eux n’ont jamais été en mer et ce
sont rarement des rameurs habitués aux
plans d'eau calme. »
Affiliés à la Société, les organisateurs de
courses de Woodvale Events ont recours
au slogan : « Donner aux gens ordinaires
quelque chose d’extraordinaire à accom-plir », pour promouvoir leurs courses.
Depuis la première course d’aviron transatlantique en 1997, Woodvale Events
s’est organisée autour de trois courses
océaniques. Teresa Page qui en est la
directrice générale estime que les participants se partagent, en quantité à peu près
égale, entre ceux qui tiennent à relever le
défi et ceux qui veulent gagner.
« Nous nous retrouvons avec des gens
qui n’ont jamais été sur l’eau dans un
bateau à rame », explique Page.
« L’aviron fait partie d'un ensemble. »
« Cela m’a séduit parce que c’était une
course, » explique-t-il, « et je voulais voir
comment je réagirais dans des conditions
extrêmes. Il ne s’est rien passé
d’extrême, mais j'ai réussi à élucider
certaines facettes de ma personnalité. »
© Markham Nolan, Afloat Ireland
Participant à la prochaine course
d’aviron sur l’Atlantique (novembre
2005) dans le but de gagner, le rameur
irlandais Gearoid Towey s’est rendu aux
Jeux Olympiques à trois reprises. En
Le Néo-zélandais Rob Hamill, vainqueur
de la course d’aviron atlantique de 1997,
est l’exception puisqu’il participa à la
régate d’aviron olympique à Atlanta.
pleins préparatifs, sans rien laisser au
hasard, il a choisi le rameur Ciaran
Lewis comme coéquipier. « Les moindres
détails sont importants, » déclare Towey
qui pense à tout jusqu’aux conséquences
d’une ampoule infectée.
Pour Towey, l’aviron d’océan consiste à
donner sans fin de puissants coups
d’aviron. « Le bateau est lourd » dit-il,
débitant la liste de tout l’équipement
indispensable. Quant à l’engagement,
il équivaut aux préparatifs pour les Jeux
Olympiques. « Il faut la même détermi-nation pour réaliser une traversée. »
«Plus de 2'000 personnes
ont réussi l’ascension
de l’Everest alors
que seulement 135
ont traversé un océan
à la rame»
Et une fois l’aventure terminée « La
plupart des gens retournent à leur train-train quotidien » dit-il. « Peut-être deux
d’entre eux tenteront de traverser un
autre océan. »
Le rameur d’océan Mick Dawson est l’un
de ceux qui a voulu répéter l'expérience.
Dawson, qui à présent collabore avec
Woodvale, n’en a jamais assez. Il est en
train de planifier une nouvelle tentative
de la traversée de l’Océan Pacifique à la
rame en solitaire à partir du Japon vers les
Etats-Unis. Son frère Steve, tout aussi passionné que lui, vient tout juste de réaliser
la traversée de l’Atlantique en un temps
record avec trois autres rameurs en provenance des Etats-Unis et des Pays-Bas.
Dawson passe d’une histoire fascinante à
une autre. Sa description de son chavire-ment après 109 jours en mer lors de sa
traversée entre le Japon et les Etats-Unis
ferait un bon scénario hollywoodien qui
s’achève par un sauvetage dramatique. >>