Mircea Roman fait allusion aux
résultats obtenus en 2006 à Eton,
où les rameuses roumaines n’ont
obtenu aucune médaille, ni dans
le huit de pointe ni dans le deux
de pointe. « Lorsque les athlètes
sont moins expérimentées, ce
n’est pas une bonne chose de les
faire ramer dans deux catégories
différentes. Elles risquent de
devoir participer à de nombreuses
courses pour se qualifier pour
les finales», explique Mircea
Roman.
sans vous laisser inquiéter par le
travail nécessité. »
© 2004 Getty Images
Georgeta Andrunache-Damian (r) and Viorica Susanu of Romania won two gold medals at the 2004 Olympic Games in Athens:
one in the pair, the other in the eight. / Les
Roumaines Georgeta Andrunache-Damian
(d) et Viorica Susanu ont remporté deux
médailles d’or aux JO d’Athènes en 2004:
l’une en deux de pointe et l’autre en huit de
pointe.
Avantages et
L’entraîneur roumain reconnaît
l’avantage de la double
participation : « Lorsque vous
avez un petit nombre de rameurs
très performants, vous pouvez
obtenir deux médailles ».
Darren Balmforth, entraîneur de
l’équipe féminine australienne
d’aviron de pointe, encourage la
double participation en raison des
avantages pour le développement
des athlètes. «Elle offre à
nos rameuses de nombreuses
possibilités de compétition, en
particulier pour les athlètes plus
jeunes.» Et qu’en est-il des
entraînements « Nous voyons
que chaque entraînement bénéficie
à toutes les catégories de bateaux
de pointe. »
inconvénients d’une
double participation
Combien de rameurs choisiraient-ils de se donner à fond sur
2000 mètres lors de la compétition la plus importante de l’année
et de retourner à la ligne de départ peu après pour répéter
l’expérience dans une autre catégorie de bateau? En 1987, Steve
Redgrave prit cette décision avec succès. Le débat était lancé.
Cette année, à Eton, des rameuses
australiennes ont obtenu un
double succès. Jo Lutz, Amber
Bradley, Kate Hornsey et Robyn
Selby Smith ont remporté l’or
en quatre de pointe et le bronze
en huit de pointe. Robyn Selby
Smith explique qu’une double
participation est considérée
comme un honneur : « Tout le
monde veut le faire, et cela nous
occupe durant la semaine. »
Tom Terhaar, entraîneur de
l’équipe féminine des Etat-Unis,
partage cet avis. Cependant, il
souligne que même si le huit
de pointe a remporté l’or, la
double participation a peut-être
eu des répercussions négatives
sur le deux de pointe et le deux
de couple. « Mentalement, c’est
à la fois plus dur et plus facile.
Vous n’avez pas une seule minute
de libre, mais quand vous vous
retrouvez dans le grand bateau, il
vous suffit de ramer. »
A cette période, la FISA
s’interrogeait sur la façon
d’accroître le nombre
d’inscriptions pour le huit de
pointe masculin et féminin lors
des Championnats du monde.
A cette fin, elle mit au point des
groupes A et B pour permettre
aux athlètes de participer à deux
épreuves différentes sans devoir
ramer deux fois le même jour. En
effet, les combinaisons d’épreuves
fréquentes, telles que le deux de
pointe et le huit de pointe, ne se
déroulent pas le même jour.
en deux participations aux Jeux
olympiques. Les Canadiennes
Marnie McBean et Kathleen
Heddle se sont elles aussi imposées
dans deux catégories différentes,
en devenant championnes du
monde à la fois en deux de pointe
et en huit de pointe en 1991 et
championnes olympiques dans
ces deux mêmes épreuves en
1992.
L’équipage australien savait que
l’épreuve olympique prioritaire
était le huit de pointe. « On nous a
dit de ne pas trop nous impliquer
émotionnellement dans le quatre
de pointe. Ce dernier devait servir
de marchepied pour le huit de
pointe », explique Robyn Selby
Smith.
«Nous pensions que bien plus
de rameurs se seraient inscrits
dans deux catégories », explique
Matt Smith, directeur exécutif de
la FISA. « Mais les entraîneurs
désirant offrir à leurs athlètes un
jour de repos entre les épreuves
ont quand même apprécié la
formule des groupes A et B. »
Entraîneur de l’équipe canadienne,
Al Morrow explique que le but était
avant tout d’apporter un soutien
au huit de pointe féminin. «A
notre grande surprise, cela a bien
fonctionné et nous avons continué
ainsi jusqu’en 2003. Cependant,
il est toujours risqué de participer
dans deux catégories. »
Après avoir obtenu la 3e place
en huit de pointe, la rameuse a
expliqué : « Le quatre de pointe ne
m’a pas affaiblie physiquement,
mais je me demande quand même
s’il a quelque peu influencé le
résultat du huit de pointe. »
Si Steve Redgrave a été l’un
des premiers à ramer dans deux
catégories avec succès, ce sont
généralement les femmes qui
participent à plusieurs épreuves,
ce qui est expliqué de diverses
manières. Certains font valoir
qu’en raison du plus grand
nombre de participants dans les
compétitions masculines, les
probabilités de ramer lors de
repêchages et de demi-finales sans
disposer de jours de repos sont
plus élevées. D’autres estiment
que les épreuves féminines sont
plus faciles et que les hommes,
capables de ramer avec plus
d’intensité physique, ont besoin
de plus de temps de récupération.
Depuis, une poignée de pays ont
opté pour une double participation.
L’exercice a particulièrement bien
réussi à la Roumaine Georgeta
Andrunache-Damian: durant la
plus grande partie de sa carrière,
elle a ramé à la fois en deux de
pointe et huit de pointe ; elle a
obtenu quatre médailles d’or
Malgré le succès de la Roumanie,
l’entraîneur d’honneur Mircea
Roman souligne lui aussi les
risques d’une double participation.
« Certes, cela crée des avantages
à court terme. Ainsi, pour deux
cycles olympiques, nous avons
compté sur un petit nombre
de rameurs très performants.
Cependant, sur le long terme, en
ne laissant pas participer les jeunes
rameurs, nous n’avons pas permis
la naissance de la relève. »
Pour Robyn Selby Smith et sa
coéquipière Emily Martin, la
possibilité de s’entraîner dans
plusieurs catégories de bateaux est
un grand avantage psychologique.
« Les sélections se font à la fin du
mois d’avril. L’attente est longue,
et nous avons donc du plaisir à
nous entraîner dans des bateaux
différents», explique Emily
Martin.
Quant à Mircea Roman, il donne
une explication physiologique:
les femmes sont capables de
mieux se préparer pour des efforts
plus longs.
Quoi qu’il en soit, la double
participation reste inhabituelle.
M.S.B.■
Ces trois dernières années,
Emily Martin a ramé dans deux
catégories. Elle explique qu’elle en
a l’habitude : « Une fois que vous
savez que vous participez à deux
épreuves, vous vous entraînez