d’être bon sans une équipe, »
considère Tufte.
Le désir d’être totalement
autonome est un trait commun.
Le fait qu’ils venaient de parties
du monde complètement opposées
n’a pas empêché Drysdale
et Campbell de s’entraîner
ensemble. Cela fait deux hivers
qu’ils rament dans le même club
britannique. Ils ont couru un deux
de couple ensemble et à certains
moments ont partagé le même
entraîneur.
du temps je m’entraîne seul, »
précise-t-il parlant de sa méthode
avant les Championnats du monde
sur son bassin d’entraînement en
altitude à Saint-Moritz, Suisse, où
il dit qu’il ne s’est pas beaucoup
inquiété de sa compétition.
« Je n’ai pas de guide, de mentor,
dans la mesure où je détiens le
meilleur temps mondial, » ajoute-il.
« En skiff, je suis complètement
responsable de ma performance,
c’est une pression énorme. Cette
pression n’est pas bonne pour
moi, mais la sensation après une
bonne course est bien plus forte, »
reconnaît Synek.
© Simon Lorenz
«Sur l’eau ou à la gym on
cherche à se descendre, alors
que hors de l’eau nous sommes
les meilleurs amis du monde, »
explique Campbell qui durant la
saison s’entraîne avec l’équipe
britannique masculine selon le
programme et sous la conduite du
chef entraîneur Juergen Grobler.
Champion olympique en titre,
Tufte se rend à des camps
d’entraînement avec Lassi
Karonen, le vainqueur de cette
année de la Holland Beker.
Les différences abondent entre ces
athlètes, et c’est avec hésitation
qu’ils acceptent d’être regroupés
par ressemblances.
« Je ne dépends de personne. Et
si je ne réussis pas c’est de ma
propre faute, » déclare Drysdale
qui ajoute «J’aime avoir le
contrôle de mon destin. »
Olaf Tufte (NOR)
Il ne fait pas de doute que
l’Allemand Marcel Hacker a
dû se libérer de la procédure
standard établie par la Fédération
allemande. Le Néo-Zélandais
Mahe Drysdale a bataillé contre
les sélectionneurs de son pays
pour se sortir du quatre de pointe
masculin afin de pouvoir se mettre
au skiff.
«Les gens disent que nous
sommes un peu dingues.»
Drysdale, champion du monde
en titre et Hacker, détenteur du
meilleur temps mondial, font tous
les deux écho à ce commentaire.
« Il faut bien être un peu fou, et
original, » estime le skiffeur en
tête de classement néerlandais,
Sjoerd Hamburger. « On devient
vite accro à être tout seul. »
Contrairement à l’épreuve
féminine actuelle, aucun athlète
masculin ne domine. On compte
au moins six concurrents, tous
susceptibles de parvenir au
sommet du lot. Et ils le savent
tous. Trois Coupes du monde
cette année ont couronné trois
champions différents. Devenir le
meilleur va continuer à être un
terrain d’aventure.
«Aujourd’hui, on forme une
bonne famille, bien mieux qu’il y a
quelques années, » déclare Tufte.
«Lorsque vous vous entraînez
avec quelqu’un d’autre, vous
vous aidez l’un l’autre, » explique
«On me pose énormément de
questions sur ma personnalité, »
dit Campbell, vainqueur de
la première Coupe du monde
d’aviron. « Je n’arrive pas bien
à savoir pourquoi, mais je suis
fils unique et j’ai toujours su
m’amuser tout seul. »
Champion olympique de 1968
et seul Néerlandais médaillé
d’or en skiff, Jan Wienese,
désormais dans la soixantaine,
rame encore tous les jours
dans son skiff, toujours à la
recherche de la maîtrise de son
art.
Le Tchèque Ondrej Synek a dû
battre Vaclav Chalupa le plus
grand skiffeur de son pays avant
d’avoir le droit de ramer tout seul.
De même, le Britannique Alan
Campbell a eu à faire ses preuves
dans les éliminatoires nationaux.
Pour leur part, le Norvégien Olaf
Tufte et le Suédois Lassi Karonen
venant de pays présentant peu de
rameurs de haut niveau, n’ont pas
eu le choix.
© Peter Spurrier/Intersport-Images
Tufte s’est mis au skiff du fait
des circonstances. Lorsque son
partenaire en deux de couple s’est
retiré de la compétition après
leur médaille d’argent aux Jeux
Olympiques de 2000, il s’est Lassi Karonen (SWE)
retrouvé tout seul au sommet de la
hiérarchie de l’aviron norvégien.
Le skiff fut alors la seule option
envisageable. Et pourtant Tufte
adore le côté sport d’équipe de
l’aviron.
«Il faut être drôlement
opiniâtre,» estime Tufte. «Il
faut être suffisamment idiot pour
en faire plus qu’assez. »
«En skiff, vous devez encore
faire partie d’une équipe.
Vous avez toujours besoin de
quelqu’un à côté de vous, que ce
soit l’entraîneur, le directeur ou
le secrétaire général, quelqu’un
pour vous pousser dans les
moments difficiles. C’est dur
Drysdale qui s’est également
entraîné avec Tufte. « Personne
n’en tire nécessairement plus
d’avantages que l’autre ». Mais, il
admet: «durant la saison de
courses on garde ses distances.
Aux régates on peut être aimable,
mais sur l’eau pendant sept
minutes on n’est plus copains. »
«C’est exactement comme une
femme, vous pensez que vous
la comprenez et en fait vous ne
parvenez jamais à la comprendre
parfaitement, » explique Wienese
dans The Perfect Stroke.
«Récemment mon embarcation
s’est retournée. Je n’ai toujours
pas le contrôle absolu de mon
bateau. »
L’approche de Hacker est
relativement insulaire. Il s’agit de
lui, de son entraîneur et d’une petite
équipe de soutien. « La plupart
«Comme nous aimons
l’entraînement plus que nos
copains, il faut bien qu’on
continue tout seul, » explique
Karonen. « Je crois aussi que le
skiffeur ne veut dépendre que de
lui-même dans le bon comme
dans le mauvais. »